Auteur Sujet: Chronique de l'inachevé (première & deuxième partie)  (Lu 5451 fois)

Tehanor

  • Plutonium Saucisse
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Chronique de l'inachevé (première & deuxième partie) « le: janvier 15, 2007, 19:19:52 pm »
Après une longue période d'improductivité dûe à une soudaine submersion de taff, voici mon nouveau petit texte, que je n'ai pas encore terminé (d'où le titre). enjoy ! ^^

Tehanor

  • Plutonium Saucisse
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Chronique de l'inachevé (première & deuxième partie) « Réponse #1 le: janvier 15, 2007, 19:20:38 pm »
Deux Goudales feront l'affaire. Ces soirées là, on est jamais trop sûr de ce sur quoi on va tomber, alors autant s'assurer un minimum d'ébriété. La première fois chez Amandine, je m'étais tant et si bien empêtré les pieds dans leurs ragots et leurs références creuses, que j'avais préféré feindre de m'endormir, tout avachi que j'étais dans un pouf, plutôt que de m'enfuir et abdiquer de la sorte face à l'ennui que me causait tout ce monde. Les gonzesses piailleuses qui parlaient de sexe, de pipes, ou de recettes de quiche lorraine. Le Cédric gay qui n'en menait pas plus large. Le Pierre, gentleman faisant valoir dans une force de précaution mielleuse ses gestes de masseur-baiseur de haute voltige.
Deuxième tentative, donc. Je sonne.
« C'est qui ? »
Comme j'ai pas trop envie de l'engueuler, cette porte, je dis rien.
« C'EST QUI ??? »
Je ferai simplement comme si j'entendais rien d'ici.
« Bon, je regarde dans le judas. »
Je ne sais pas trop quelle pause adopter. Je fais un pas de côté pour mieux y réfléchir mais la porte s'ouvre avant que j'ai pu me remettre en face avec une posture propre à être maté à travers un judas.
« Salut, que j'lance au mec d'Amandine, ça va ?
- Ouais, et toi ?
- Ouais, ça va.
- Rah, j'ai pas réussi à te voir dans le judas.
- Merde, tu veux que j'ressorte et que j'me mette bien devant ?
- Nan, ça va... Bon, y'a pas encore beaucoup de monde mais ça devrait pas tarder à arriver. »

Tout le monde m'acclame quand j'arrive dans le salon. Merde, si c'était l'éclate, personne n'aurait prêté attention à mon arrivée. Ça sent le roussi. J'entame ma tournée de bises. J'arrive à Cédric en me demandant pourquoi j'me sens toujours obligé de lui faire une bise plutôt que de lui serrer la main. Après tout, le fait d'être gay ne lui a pas tranché la bite. Des fois, les cultureux se font la bise entre eux. C'est p'tetre pour ça que j'lui fais la bise. C'est plus fashion. Mes potes, j'leur fais pas la bise. Mes potes cultureux, j'leur fais la bise, parfois, mais c'est pas pareil. Les racailles se posent pas autant de questions, elles serrent la main à tout le monde, sans distinction de sexe, comme pour une relation de boulot. Par soucis d'équité ? Pour assouvir un machisme qu'elles auraient du mal à refouler ? Par gentlemanerie ? Respect ? Fainéantise ? Je serais prêt à parier qu'elles en savent autant sur la chose que moi à propos de mon check. Est-ce que je check un vieux qui parle djeunz ? Un djeunz qui parle vieux ? Est-ce que je check parce que j'me sens djeunz, parce que j'me sens cultureux, ou encore pour pas avoir l'air d'un vieux ? Parce que j'ai jamais checké quand j'étais ado. J'ai bien checké étant gosse, mais juste pour m'amuser à faire le Prince de Bel Air, pas pour saluer tout le monde. J'ai commencé à checker après, à la fac, alors que tout le monde s'accorderait à mettre la chose sur le compte de la djeunserie. Quelqu'un vous contamine par les mains et vous vous en retrouvez tout bouleversé dans vos salutations d'après. Will Smith a dû tellement checker de gens qui se sont eux même mis à checker, que le virus a dû finir par traverser l'Atlantique. C'est peut être comme ça que la mondialisation vient vous saluer. Elle ira un jour au fin fond de la Mongolie checker un jeune bouddhiste, et une génération entière s'en retrouvera à se demander si c'est mieux de checker les chevelus croyants ou les chauves athées . Moi, à moitié penché au dessus de la table et pas pragmatique pour deux sous :
« Bon désolé, j'te fais pas la bise à toi, t'es trop loin.
- Oh, t'es pas très gentleman, me fait remarquer Amandine.
- Nan, lance l'inconnue pour rattraper ma propre impolitesse, mais j'vais me lever.
- Ouais, j'ai décidé de pas être gentleman ce soir. »
Comme si j'avais l'habitude de l'être...

Émile constituera un bon point d'appui pour me lancer dans cette soirée. Je lui demande si il a pas ramené son pote qui devait mixer avec lui. Je lui sers un peu de mon anxiété en croûte, avec la soirée du Kiosk où y'a un dj connu, qu'au cas où on se ferait chier, qu'on sait jamais. Puis j'vais parler à Max. On a un point commun, le fait d'apprécier Amon Tobin. Ça peut faire un bon point d'appui aussi, ça. Sauf que je clique plusieurs fois sur lui avec Amon Tobin et ça prend pas.

« Euuh ben ouais, t'as du nouveau son quoi, nan ?... T'écoutes pas que ça depuis le temps ?... T'es plus dans quoi maintenant ?... Ouais, moi j'dois t'avouer que j'écoute plus trop Amon Tobin en ce moment, même si j'apprécie encore beaucoup. Je suis plus trop l'actualité de Ninja Tunes et toi ?... Tu sais que j'ai proposé Amon Tobin pour un projet de Naïve ? Y voulaient sortir un skeud avec Laurence Equilbey, une des plus grandes directrices de choeur au monde. Elle voulait faire un truc électro. Y'avait déjà Para One, Emilie Simon, ou Air, et comme ils cherchaient un dernier artiste electro un peu connu, j'leur ai proposé Amon Tobin. J'lui ai filé les skeuds, à Laurence Equilbey. Elle a écouté, et elle a dit que c'était trop techno, que ça ressemblait trop à Para One ahah. Tu vois trop la meuf qui veut faire un truc electro mais qui y connaît quedalle... N'empêche que si ça marche, j'serai trop fier de mon coup. Ouais, si y'a Amon Tobin sur le cd, ça sera en parti grâce à moi. Ça fait plaisir d'aider des artistes qu'on aime. »

J'arrive finalement à m'en sortir en rebondissant sur les activités de vidéaste de Max. Ouf. On se sent tellement obligé de parler en soirée, pour pas avoir l'air de se servir de sa bouche dans le seul but d'avaler de la bière, qu'on arrive parfois à aborder quelqu'un sans avoir élaboré un minimum son plan de dialogue. On se dit que ça marchera d'office, sauf qu'on est pas encore assez alcoolisé pour ça. Je me retrouve avec sa carte de visite de vidéaste, qu'il me laisse comme l'aboutissement logique de cette friction discursive, et m'en vais décapsuler une nouvelle canette. Le monde tourne autour de la bière. Elle nous permet de mieux chavirer dans ce carnaval insipide de raisons baveuses et de paroles molles. On commence par se dépêtrer des décombres de ce qui eu pour but de ménager nos égos, puis on relâche suffisamment l'attention pour laisser le paraître couler sous une mousse bierreuse. Ses cas de conscience s'envasent toujours plus profondément dans nos verres. On hésite plus à nous afficher dans toute notre décrépitude d'âme. On arrête de fuir ce que l'on est profondément, gourmands d'estime mais avares de considérations. Le dialogue peut naître alors, mais on ne parle à personne. On parle juste à soi même, écoutant quel bruit fera nos paroles en glissant sur une paire d'oreilles.

Je monte à mon tour sur le manège du sempiternel avachissement de consciences. L'air chargé de glousseries traîne son haleine d'alcoolique entre les regards crispés d'enthousiasme, et enivre le monde d'un euphorisme pétri de grossièreté. Un ballet, où chacun semble courir après quelque chose sans jamais rien trouver ; encore eu t'il fallu avoir la moindre idée de ce que l'on était sensé chercher. Peut être une bouteille, une bride de conversation qui traîne par là, le cendar ou un décapsuleur. L'appartement se remplit jusqu'à devenir une véritable jungle cacophonique de polémiques condescendantes. On y fraie son chemin comme on peut, à moins d'investir la sacro-sainte place de canapé, qu'on lui ferait bien prendre la forme de nos fesses si on avait pas peur d'y tomber, dans ces discussions toujours difficiles à déserter. Mais le canap', c'est pas pour moi. Je préfère me la jouer guerrier. A coup de sabre, j'élague les appels de regard et les sourires béants tout nécessiteux de mots. Je tranche à vif les inconnus dans un second degrés bien débonnaire. Espèce de névrosé qui s'intéresse aux choses futiles qui lui tombent sous la main : La façon dont je range mes cds par esthétique musicale ; mais que j'galère pour les trucs qui sont entre deux styles ; que du coup j'essaie de faire un dégradé de styles, mais que ça sert à rien parce que ça tient quelques mois et ça devient vide le gros bordel. Elles font doucement sourire, mes préoccupations superficielles, car j'y met un tel entrain dans leur simple évocation, qu'on en peinerait presque à distinguer ce qu'il y a en moi de sérieux et de second degrès. Enfin, les gens ont généralement le jeu facile, et puis c'est bien commode pour discuter. Pas besoin de connaître les derniers ragots qui circulent pour parler de la façon dont je range ma chambre.
Bref, je me tortille comme je peux dans cette véritable jungle mondaine, avec ses dangers, ses lois, et sa faune de milles petits codes implicites.
Parfois, on reste bloqué entre deux personnes, contraints de cisailler dans leur discussion rien que pour se donner un peu de consistance :
« Hé ! Ouais, j'connais ! .... Y sont passés à Dour une fois.... OUAIS C' EST CLAIR ! ..... Ouais, le hip hop oldschool, y'a que ça de vrai de toute façon. Tu vois maintenant, dans les clips de r'n'b, avec des gonzesses en string et des grosses voitures. C'EST TROP DU NIMP QUOI ! C'était mieux avant, avec HOUSE OF PAIN, ou même NECRO ! Eux, au moins, ils avaient le vrai esprit quoi ! Leurs clips, c'était limite des clips de kepons ! ».
Et quand on a bien dégueulé son flot de conneries, prêt à déguerpir, on lorgne vite fait de côté :
« BON ! J'vais me rechoper une bière, moi ! »
Le tour est joué. On a payé son tribu de passage et on est bien content de s'esquiver parce qu'on savait plus trop quoi dire. Alors, on se retrouve devant la table. On s'y remplit le gosier d'alcool. Au moins, ça nous occupe le temps d'élaborer un nouveau plan d'attaque, de voir sur quelle cible on pourrait maintenant fondre, tel un rapace affamé du verbe. Nous voilà alors repartis slalomer entre le gens, la panse bien remplie et ne demandant rien de mieux que de nous régurgiter un nouveau flot de conneries bien puant de bile.

Maintenant, ça gueule de partout. Des gens qui arrivent, toujours. Les murs se resserrent, et la musique, qui se heurte aux discussions pleines d'ébriété, enveloppe tout ce beau monde d'un halo de vacarme assourdissant.
Des gens de ma classe, je leur parle avec une pointe d'excitation dans la voix, comme devenus soudainement potes depuis toujours. Ça sourit, ça rigole, ça s'envoie des blagues pas drôles.
« Tiens, aides moi un peu à l'ouvrir s'te plaît. Si t'y arrives... »
Pas de problème, poupée. Cédric, décapsuleur de bière de l'enfer, va te faire ça comme pour rire, et avec un briquet s'te plaît ! Tiens, files le moi, le briquet. J'en ai pas sur moi, j'fume pas. Vise moi un peu ce talent. A la oldschool baby.
« Putain, merde... Y'a pas du sopalain kek'part ?! »
Tout le monde s'en fout. J'essuie mon bras sur mon pantalon et me voilà reparti trouver une nouvelle tête exaltant le vide de bonhomie, tout comme moi. Quelques mots d'Emile suffisent pourtant à me stopper net dans l'élan :
« Tiens, salut Marie ! Ca va ? ».
Je me retourne, tressaillant. Elle se tient là, sur le pas de la porte, juste devant moi. Elle n'a plus sa casquette de militaire comme la dernière fois. Juste un bandeau qui lui donne l'air d'une hippie. Sûrement qu'elle doit pas les aimer ses cheveux, à toujours trouver n'importe quoi pour se les couvrir. Tournée de bise. Je me sens rougir quand elle arrive sur moi, mais elle ne daigne même pas m'offrir la moindre remarque. Juste un « salut » agrémenté d'un regard complètement vide d'expression, pour le parfait inconnu que j'avais l'air d'être devenu à ses yeux. Quelle pute !
Je la regarde s'éloigner, béat, et j'explose de joie :
« PUTAIN, C'EST QUI QUI A MIS XPLODING PLASTIX ??!!!
- C'est moi, mec, répond Max avec un beau sourire de coin.
- Aaah, ça m'fait plaisir ! J'me disais bien que t'étais un homme de goût. »
Il claque du palet.
« T'inquiètes, mec ! »
En discutant avec Max, j'me dis qu'on est bien appréciables, finalement, tous les deux, dès qu'on est assez alcoolisés pour pouvoir se parler. Mais Max, il a bien du mal à tenir le poste. Même que je l'aide un peu à le défendre de la vindicte populaire... sans succès :
« Attends, juste un dernier morceau... Ouais voilà, juste ce passage là, il est trop énorme.. »
Raté. Le poste se met à cracher d'une voix langoureuse un air de chanson française et tout le monde exulte. Ça valse, ça chante, ça brandit des bouteilles de vin en l'air, et je me cadre tout ça dans une espèce de carte mentale qui aurait pour légende un truc du genre « chouille de bourgeois bohèmes ». Gardes tes clichés pour toi Cédric, et va rejoindre Emile, adossé au mur, tout penaud, comme toi. Peu importe que t'aies rien à lui dire, le principal, c'est d'avoir l'air affairé dans ton alcoolisme. Faut s'amuser bordel ! Et parler, surtout. C'est ça la grande affaire du siècle, toujours avoir l'air de parler, sinon, tu passes pour une baltringue.
C'est peut être ce qu'a du se dire Marie, quand elle est venue cisailler cette discussion qui s'engageait sur je ne sais trop quel sujet sans importance :
« Vous racontez quoi de beau ?
- Rien. On raconte que d'la merde ! »
Ça, c'est bien envoyé que j'me dis en déguerpissant à la quête d'une nouvelle bière. Trop facile de m'ignorer et de revenir la bouche en coeur, quand t'as suffisamment d'alcool dans le sang pour enfin tenir tes promesses.
Ça m'empêchera pas de regretter mon geste cinq minutes après, quand elle ira rejoindre un autre type pour assouvir son besoin d'avoir l'air occupée. Et tout en parlant à Emile, je reste désespérément accroché à son reflet dans le miroir. Allez, lèves ta tête, s'il te plaît. Regardes par ici. Tout ça, c'était juste pour me venger. Rien de méchant. Juste que ça m'a un peu vexé que tu m'ignores comme ça, tout à l'heure, mais je voulais pas vraiment t'esquiver. Lèves la tête, tu verras bien dans mon regard à quel point je peux t'aimer, ma p'tite kepon hippie en plastoc. Celle que j'ai refusé de baiser dans ma voiture. Celle qui essaya de sonder mon âme pendant que j'me demandais si j'aurais été encore capable de bandouiller. Celle qui avait une tchatche qui me rendait tout minable à côté. Pour qui j'éprouvais tant d'admiration, et un incommensurable attrait bourré d'affection câline.
Quedalle.
Déception.
J'étais rien de plus qu'un coup à l'arrache, un coup bien foireux. En plus de ça, un pauvre crétin qui s'enfuit dès qu'on vient lui parler. Trop empli de honte, de remords, et de loose auto-proclamée. Sûrement que c'est ce qu'elle devait penser. Mais elle était déjà ailleurs. D'autres choses à foutre que d'essayer de renouer le dialogue avec quelqu'un qui n'était pas capable de s'assumer. Et moi, j'lui avais lancé le même truc à la figure, sans aucune explication, me contentant du ricanement intérieur que le vent me procura. J'étais satisfait de quoi, après tout ? Justement, je cherchais bien. On trouve la première pensée qui nous vient à l'esprit, on la met sur un piedestale, et on la regarde, les yeux tout brillants d'admiration. Cédric a bien fait. Cédric ne traite pas avec les lâches qui l'ignorent, et qui essaient de se rattraper dès qu'ils sont un peu éméchés.
Foutaises, ouais.
Hé, mais c'est du Riton que j'entends là !
« C'est toi qui a mis ça Cédric ? C'est cool, t'as des bons goûts, toi aussi ! »
J'ai dit ça comme si j'avais essayé de m'excuser de quelque chose envers lui. Il se tourne :
« Ouais, c'est de la bonne musique ça, de la bonne musique pour les gays !
- Mais nan ! C'est pas vrai ! J'suis déçu que tu dises ça !
- Mais Cédriiic. Je rigole !
- Ah, t'es con, que j'lui répond en rougissant. J'pensais que t'étais sérieux.
- Et merde, le morceau est fini. Faut que j'enchaîne.... (hument de quelques convives)
- Moi, j'aime bien les blancs. Ça met mal à l'aise. Encore, un blanc de musique, c'est pas trop grave. Le mieux, ce sont les blancs de discussion. Genre, ceux en repas de famille, y me font trop tripper. Tout le monde qui regarde son assiette l'air gêné, en se creusant la tête pendant dix minutes pour sortir un truc sur le temps, ou sur le goût du vin, un truc tout bidon, pendant que moi, j'me marre dans ma tête. »
La musique reprend de plus belle, et tout en levant les yeux au plafond, il me répond :
« Mais Cédriiiic, arrêtes de tout analyser ! »
Ce truc là qu'il m'envoie dans la face, ça fait tout de suite écho à mon histoire avec Marie. Et pour sûr qu'ils ont dû en discuter. Voilà ce que je devais donc prendre comme sentence. Finalement, je m'en tirais pas trop mal. Pas un looseur, mais un mec qui analysait tout. Ca me plaît pas mal ouais. Cédric, le mec qui anatomisait tout ce qui bouge. Un tombeur née, mais la chatte, ça l'intéressait pas, nan. Pour lui, le principal, c'était d'analyser. Et même si il avait toutes les gonzesses qu'il voulait à ses pieds, prêtes à lui offrir leur corps tout suintant de désir, Cédric, psychanalyste dans l'âme, préférait les choses de l'esprit. Aiguisé qu'il l'avait, son esprit, tel une lame prête à disséquer chaque comportement comme on décortiquerait une crevette. Prenez bien garde, vulgaires chaudasses envieuses de sa personne ! Fricoter avec le Cédric n'est pas une mince affaire.

Affalé dans le fauteuil, je raconte mes déboires de l'IUP avec une camarade de classe. Le directeur m'avait convoqué suite à un mail un peu salace que j'avais envoyé à toute la monde, parce que j'en avais marre de me faire spammer d'annonces de spectacles. La secrétaire était dans la liste d'envoi aussi, et elle avait pas trop apprécié. Elle avait surtout rien compris. Ce mail là, c'était un pur chef d'oeuvre. Je me souviens encore du sublime :
« Et je ne veux plus être la cible de ces mails IUP, qui, dans le fond, se complaisent autant dans ma soi-disante ouverture culturelle, qu'un prospectus des dernières promos sur le rosbif à Auchan si j'étais végétarien. ».
Ou du passage ultime :
« Cette peau de quinteux me sied à merveille, et je l'endosse avec toute l'estime que me vaut pour moi même cette lutte contre l'intempestivité moribonde de la publicité. Encore qu'elle se contentait de rester accrochée aux murs bien loin de moi, sur une banderole, ou pendant une pause pipi entre deux épisodes de Desperate Housewives, qu'elle ne m'opportunait pas tant que ça. Mais maintenant elle s'insinue partout. Dans mes mains, dans mes poches, dans mon jean, à un tel point que le seul bastion qui resterait défendable se résumerait bientôt dans mon slip et ma boîte mail. »
J'lui racontre tout ça, à ma collègue, et tellement près de l'oreille qu'il aurait fallu d'un rien pour que j'lui bouffe, son oreille, tout bavant de sexe que j'étais.
« C'est bizarre quand même que tu sois convoqué, qu'elle me dit. Moi, j'trouvais ça drôle, ça m'a bien fait rire. »
Et ouais poupée. Cédric non plus n'a pas compris pourquoi il suscita autant d'engouement autour d'une pareille connerie. Mais bon, c'est ça d'être artiste ! J'irai défendre ma cause devant le directeur, quelqu'en soit la sanction ! La tête bien haute, j'assumerai ma prose. Et dans ma chevauchée épique, je fendrai les airs de l'étendard de la raison. Cédric, justicier du mail qui n'a pas peur de clamer la vérité, bien haut, et bien fort !

Un peu plus tard, je drague lamentablement une meuf. Je ne sais même plus trop si c'est pour elle, ou pour le collier de bonbons autour de son cou, que j'éprouve du désir. Peut être que j'aurais bien bouffé les deux, question de faire deux pierres deux coups.
« Vas y, t'en vas pas maintenant ! »
Et merde. Presque plus personne dans l'appartement, faut vraiment que j'me taille d'ici. J'me fais retenir au dernier moment par une pote au Cédric gay. Une espèce d'ancienne kepon lesbienne, et brute épaisse par dessus tout. Une méchante baffe qu'elle m'avait décollé une fois, quand j'avais essayé de la peloter pour me marrer. Une des pires de ma vie.
« Vas y Cédric, tu vas pas faire ta tapette ! Restes encore un peu !
- Mouaaa. C'est tout mort là, y'a plus personne.
- Mais nan, allez, vas y ! Fais pas ton p'tit joueur. Allez, j'te sers un verre de vin. Tu vas pas refuser ça ?
- Nan ça va, merci, j'ai assez bu comme ça.
- Alleeeez ! R'gardes le ! T'es tout mou ou quoi ce soir ?
- Bon, vas y, sers moi ton verre et fais pas chier. »
Un peu plus tard dans la rue, Emile :
« Nan mais tu vas quand même pas conduire là ?
- Euuuh si.
- Nan mais dors chez Amandine, t'es trop bourré mec.
- Nan mais ça va.
- Et poses moi ce verre de vin !
- Nan, attends, j'le finis.
- Nan mais poses le ! T'as déjà assez bu comme ça.
- Ouais, je sais, mais j'veux pas faire de gaspillage.
- Mais tu vas pas repartir avec le verre à Amandine !
- Ben si. C'est pas grave, j'lui refilerai une autre fois.
- Allez hop, files moi ça, j'le pose devant la porte... Tu sais elle est où, ta caisse ?
- Nan, j'sais plus du tout où j'suis garé, mais c'est pas grave, j'm'en tape ! »
Je me sentais profond, au dessus de tout. Il pouvait m'arriver n'importe quoi, toutes les futilités de ce bas monde ne m'intéressaient plus guère. Je désirais me perdre au bout de la nuit, marcher vers le jour, et sombrer dans l'oubli. Éternel, solitaire, pommé et pochtronné. Les rues me happaient déjà pour que je me perde en méditation, sous la lumière blafarde dégueulée de milles lampadaires.
« Et t'es sûr que ça va aller pour rentrer ? Tu devrais pionser chez Amandine...
- Mais ouais ! T'inquietes, mec ! Ça va aller.
- Bon fais gaffe en rentrant, hein !
- Mais ouais ! T'inquietes, mec ! »

djimboulélé

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Chronique de l'inachevé (première & deuxième partie) « Réponse #2 le: janvier 16, 2007, 02:13:52 am »
elles ont l'air ultra stressantes ces soirées...
brrr ... en tout cas j'ai bien aimé le passage sur le check du Prince de bel Air et la mondialisation...même si de mon coté, je suis pas très " check" , j'ai pas la culture pour ça, ce serait totalement ridicule... c'est un peu comme si j'me mettais à faire la révérence....

cloporte atomisé

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Chronique de l'inachevé (première & deuxième partie) « Réponse #3 le: janvier 16, 2007, 14:19:05 pm »
smiley9 Hum... Cela veut dire quoi checker ??  smiley10

Sinon, j'ai bien aimé ton texte, avec une nette préférence pour la deuxième moitié du dernier paragraphe. J'aime assez cette manière d'écrire/parler....
Ø##Ø##Ø##Ø!!Ø
- Un enfant ne conprendrait pas cela...
- Un indien non plus...
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vendredi

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Chronique de l'inachevé (première & deuxième partie) « Réponse #4 le: janvier 16, 2007, 14:34:57 pm »
smiley14 trop heureux dans la vie toi!
moi j'aime beaucoup ce passage sur la bise au pédé et le check aux copains hetero avec qui on peut parler du cul de la fille qui mange une part de quiche à l'autre bout de la pièce.

ça me fait assez penser à l'etat d'esprit dans lequel je suis quand j'arrive dans une soirée canapéblabla un peu raide.
après pourquoi je déplore le fait de se croire différent et de ranger un peu trop els gens dans des cases... parceque quelquepart t'es comme eux mais eux ils sont pas comme tu crois...
enfin bon c'est le genre de jugement que j'assume pas et que j'essaie d'éviter...

allez hop la suite!
quand c'est qu'elles arrivent les filles punks que t'as envie de niquer mais non en fait???
"L'infamie perce et laisse des trous...."
TT________KKK________$$

sqaw lee

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Chronique de l'inachevé (première & deuxième partie) « Réponse #5 le: janvier 16, 2007, 20:44:15 pm »
oué t'as l'air vraiment blasé hu...tu devrais p-e faire une pause...et faire quelquechoz de complètement fou...comme te mettre à faire du golf et rester chez toi le samedi soir ! smiley5

(je me moque gentiement parc'que j'aime bien te lire en même temps...)
allez encore !

Le caca ne fait pas tourner la terre, mais rend l'amour plus agréable !
Poil pour tous et tous à poil !
J'ai fait kk à ikea !
Les rêves sont au cerveau ce que le caca est aux intestins !
ça a l'air bien pour ceux qui aime bien!

sqaw lee

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Chronique de l'inachevé (première & deuxième partie) « Réponse #6 le: janvier 16, 2007, 20:46:09 pm »
Citation de: "cloporte atomisé"
smiley9 Hum... Cela veut dire quoi checker ??  smiley10


sur le coup j'avais pas saisi non plus mais c'est le truc yoyoyeah que font les mauvais jeunes tu sais avec les mains pour se saluer je crois...

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Tehanor

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Chronique de l'inachevé (première & deuxième partie) « Réponse #7 le: janvier 16, 2007, 21:14:40 pm »
Citation de: "V3NDR3D1"

ça me fait assez penser à l'etat d'esprit dans lequel je suis quand j'arrive dans une soirée canapéblabla un peu raide.
après pourquoi je déplore le fait de se croire différent et de ranger un peu trop els gens dans des cases... parceque quelquepart t'es comme eux mais eux ils sont pas comme tu crois...
enfin bon c'est le genre de jugement que j'assume pas et que j'essaie d'éviter...


héhé ouais, c'est un peu le genre de soirée que j'essayais de décrire. Cela dit, il me semble pas que j'ai émis quelconque jugement ni rangé des gens dans des cases ? peut être que ça transparaît dans mes propos sans que je m'en rende compte aussi...

Citation de: "V3NDR3D1"

allez hop la suite!
quand c'est qu'elles arrivent les filles punks que t'as envie de niquer mais non en fait???


j'vais y arriver ouais. mais j'pense pas que j'vais trop m'étaler sur le cas de la punk cette fois ci ;)

djimboulélé

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Chronique de l'inachevé (première & deuxième partie) « Réponse #8 le: janvier 17, 2007, 13:23:47 pm »
ah, tu passes au grade au dessus?  ( la secretaire (de chez) Naive...)
( ah, mais non, ça c'était avant, j'm'embrouille moi, avec toutes tes histoires...)

cloporte atomisé

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Chronique de l'inachevé (première & deuxième partie) « Réponse #9 le: janvier 17, 2007, 13:25:38 pm »
Citation de: "SQallY"
Citation de: "cloporte atomisé"
smiley9 Hum... Cela veut dire quoi checker ??  smiley10


sur le coup j'avais pas saisi non plus mais c'est le truc yoyoyeah que font les mauvais jeunes tu sais avec les mains pour se saluer je crois...


 smiley5  smiley5  Oui, c'est ça !! On m'a expliqué hier....
Ø##Ø##Ø##Ø!!Ø
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Tehanor

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Chronique de l'inachevé (première & deuxième partie) « Réponse #10 le: janvier 20, 2007, 13:35:54 pm »
Bon, y me reste plus qu'a rédiger la dernière partie ! Ca attendra la fin de mes exams de la semaine prochaine je pense ^^

vendredi

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Chronique de l'inachevé (première & deuxième partie) « Réponse #11 le: janvier 20, 2007, 14:36:11 pm »
un accident de voiture qui te paralyse totalement au point que tu ne peux plus communiquer qu'en clignant de l'oeil gauche???
"L'infamie perce et laisse des trous...."
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djimboulélé

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Chronique de l'inachevé (première & deuxième partie) « Réponse #12 le: janvier 20, 2007, 17:33:11 pm »
Citation de: "Tehanor"
Bon, y me reste plus qu'a rédiger la dernière partie ! Ca attendra la fin de mes exams de la semaine prochaine je pense ^^


ben, bon courage, petite tête ! smiley4