Auteur Sujet: Frédéric Lordon - Capitalisme, désir et servitude.  (Lu 1572 fois)

Staross

  • CromCruach Spagetooz
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Frédéric Lordon - Capitalisme, désir et servitude. « le: septembre 12, 2011, 18:24:09 pm »
Frédéric Lordon - Capitalisme, désir et servitude.
Marx et Spinoza

Tout à fait brillant, on se demande parfois si l'on est pas abusé par la langue très maitrisée, mais apparemment y'a vraiment des idées là dedans :



Citer
Le but de ce livre difficile est de renouveler l’analyse des formes de domination propres à la société capitaliste contemporaine par le biais d’une articulation entre la théorie marxienne de la structure des rapports de production et l’anthropologie spinozienne des passions. Le rapport salarial, qui est indissociable du rapport de capital, devrait être saisi comme le lieu du nouage entre coercition et consentement. Classiquement, il est vu comme un rapport de dépendance entre des agents dont « l’un détient les conditions de la reproduction matérielle de l’autre » (p. 25) ; donc, comme un rapport qui est propre à une « économie décentralisée à travail divisé » (p. 24), dont le corrélat nécessaire est l’échange monétaire-marchand, et dont la condition de possibilité est la destruction systématique des « possibilités d’autoproduction individuelle ou collective » (p. 24). Il est fait référence ici aux enclosures et aux autres formes de l’accumulation originaire, entraînant l’instauration de la vente de la force-travail comme seul moyen de reproduction matérielle. Mais le rapport salarial doit être saisi également comme un mode de l’enrôlement des puissances d’agir, par lequel elles sont déterminées à « s’activer à la réalisation d’un désir qui n’est primitivement pas le leur » (p. 21). Si « exister c’est désirer », donc « s’activer à la poursuite de ses objets de désir » (p. 17), pouvoir faire entrer dans son désir des puissances tierces veut dire : premièrement, détenir un pouvoir de mobilisation vis-à-vis de ces puissances, maîtriser l’impulsion qui les fait passer du repos au mouvement (p. 18) ; et deuxièmement, avoir réussi à capter les désirs qui se prolongent dans le mouvement, et à les soumettre à un désir particulier. Cette captation-capture est une dynamique intrinsèque de la vie sociale : selon l’anthropologie spinoziste, l’essence de l’homme consiste dans son élan désirant générique, dont les directions et les objets ne lui viennent que de l’extérieur, par les rencontres avec les choses et les êtres qui sont instituées par la configuration des rapports sociaux et par l’aléa des trajets individuels et collectifs.


http://cahiersphilosophiques.hypotheses.org/586

triangle

  • Plutonium Saucisse
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Re : Frédéric Lordon - Capitalisme, désir et servitude. « Réponse #1 le: mars 04, 2012, 20:07:05 pm »
Lordon est un de mes intellectuels vivants préférés. J'ai même tendance à croire qu'en économie, c'est un des rares réellement pertinents car au fait des mécanismes actuels tout en étant capable de prendre une distance sévèrement critique à leur encontre.

Je conseille aussi son petit bouquin sur la crise de 2008 qui est très éclairant et, dans un registre un peu plus théorique, "L'intérêt souverain" qui explique un peu la fondation de sa critique spinoziste de l'économie actuelle.

Sinon, ça lui arrive de temps à autre d'écrire un article dans le Monde diplomatique.

Staross

  • CromCruach Spagetooz
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Re : Frédéric Lordon - Capitalisme, désir et servitude. « Réponse #2 le: mars 04, 2012, 23:03:03 pm »
Ouais il est très bon techniquement sur la finance, les modèles mathématiques, ...

Son écriture est excellente :

Citer
Le pouvoir et la démesure ne tombent pas du ciel, ils sont inscrits dans des structures. Faire la généalogie de l’hégémonie actionnariale, c’est s’interroger sur les transformations structurelles qui ont libéré l’élan de la puissance financière. De ce point de vue, il suffit d’une carotte géologique sur les deux décennies écoulées pour reconstituer la prise de pouvoir de la finance. Evidemment, il s’agit là d’un exercice d’une autre nature que celui de l’anniversaire insignifiant ou de la commémoration qui fait vendre, dont le journalisme décérébré raffole, lui qui, n’ayant rien omis de la démission de M. Jacques Chirac de Matignon (trente ans) ou des voitures en feu (un an), a en revanche soigneusement laissé de côté l’événement le plus structurant de la société française sur le demi-siècle écoulé, à savoir la loi de déréglementation financière de 1986 (vingt ans).


http://www.monde-diplomatique.fr/2007/02/LORDON/14458

Il a un blog aussi, mais y'a pas eu de mise-à-jour depuis un moment, je ne sais pas c'qu'il fout:

http://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-

 


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